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Enquête: La place de la femme dans l’arbitrage

Milieu essentiellement masculin, le corps arbitral voit de plus en plus de femmes venir le composer. Que ce soit au niveau club (ARC) Régional (ARR) ou D1/D2 (ARC D1/D2), les femmes viennent de plus en plus vers le gridiron soit pour « rendre service au club », soit par passion. Il devient de moins en moins rare de voir une ou deux femmes le dimanche en zèbre. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le tableau ci-dessous reprenant les chiffres de ces six dernières années :

 

 

Ces chiffres parlent d’eux même. Les femmes sont de plus en plus nombreuse à officier mais à moindre niveau (ARC), contrairement aux hommes qui « tirent » le niveau vers le haut.

Quand on écoute les vestiaires, l’arbitre généralement masculin, est souvent vu comme « partial », « nul »… bref c’est un arbitre. Mais sans arbitre, pas de match, messieurs ! Et comme tout un chacun, l’arbitre est humain, peut commettre des erreurs, ne pas tout voir.

Alors la femme ne souffre t elle pas d’un sexisme sous-jacent, d’une image tout aussi dégradée et d’idées préconçues ? Pourquoi, alors qu’elles sont de plus en plus nombreuses n’y a-t-il pas ou plus de femmes au niveau régional ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de femmes françaises reconnues au niveau international (ARI) ? Un début de réponse nous a été donné par Juan PEREZ CANTO « c’est compliqué ».

Au cours de cette enquête, FDF s’est rapprochée de la CRA de la Ligue PACA, de la CNA, d’ARN et de quelques femmes  arbitrant actuellement. Ci-dessous, les interlocuteurs principaux de FdF Us, lors de cette enquête (de gauche à droite): Virginie Michel, Gabriella Sow, Gilles Vigne et Juan Perez Canto.

 

Virginie licenciée en Ligue PACA au sein des Canonniers de Toulon est venu au foot us en 2013, en région Normandie. Déjà passionnée de rugby (Fédéral 2) et très investie au sein de son club de l’époque, c’est au détour d’une rencontre d’un coach de foot us lui expliquant les règles, l’intérêt du jeu, qu’elle dit « avoir retrouvé l’esprit individuel au service du collectif ». Très vite, elle s’est trouvée intéressée par la diversité du jeu, et sa personnalité « autoritaire », l’a dirigé vers l’arbitrage autant pour aider son nouveau club de l’époque que par intérêt ; « J’ai joints l’utile à l’agréable », dit elle.

 

Gabriella est actuellement licenciée en IDF au sein du Flash de la Courneuve et a découvert le foot us par un ami en 2015. En capacité de jouer, elle est venue en sus, à l’arbitrage « pour rendre service à mon club et avoir une vision autre que de celle de joueuse ». Elle se souvient parfaitement de son 1er match en 2016, en qualité d’arbitre ARC D1/D2 et dit « avoir stressé et mise la pression avant le kick off ». Sentiment qu’elle a perdu à l’issue en s’étant dit « finalement c’est plus facile que ce que je pensais ».

 

Le besoin du club de l’époque de Virginie lui a donné aussi l’occasion « d’affirmer ma personnalité, car je manquai d’assurance »  au travers de l’arbitrage.  A cette époque, une autre jeune femme faisait de même pour aider le club et un mini challenge s’était installé entre elles : « faire le plus de matchs. J’ai gagné » dit-elle avec sourire. Mais l’idée était « une femme sur chaque match Séniors du club ».

Du côté de Gabriella, si l’envie initiale était d’avoir une vision différente, elle dit « retrouver au sein de l’arbitrage une réelle unité et entre aide. Je n’ai pas le droit de mal faire ou je met en difficulté la totalité de l’équipe d’arbitrage ». L’une et l’autre mettent d’ailleurs l’accent sur « la nécessité absolue de bien faire le ce pourquoi nous sommes sur le terrain ».

Sur le plan perception dans le microcosme du milieu footballistique, sport par définition masculin, Virginie se surprend toujours à entendre en formation « oh ! Une femme ? ». Elle se rend compte aussi, que les équipementiers « n’ont pas la taille S européenne, donc il faut commander du S américain et sortir la machine à coudre ».

Autre difficulté, lors des déplacements en match « il est rare d’avoir un vestiaire dédié, donc en s’arrange entre zèbres » explique Virginie. Mais il est vrai que lorsque l’on voit certaines installations mises à disposition des structures, il n’est pas rare de voir des équipes en mode « sardines empilées dans des boites ».

Concernant les comportements sur et en dehors des terrains l’une et l’autre ont des visions sensiblement convergentes. En effet, même si Gabriella «  reconnait être perçue notamment au sein de mon club comme un réel arbitre », elle reconnait  aussi que parfois, « coaches et joueurs, des deux côtés, emportés par les enjeux peuvent avoir des attitudes moins fair play ». De son côté, Virginie ajoute toutefois que « sur certaines situations de match, les joueurs voyant que l’arbitre est une femme, se calment plus rapidement, évitent des noms d’oiseaux. Il y a donc une certaine forme de respect ».

 

L’une et l’autre sont d’accord pour dire que certains propos « peu, heureusement »  tiennent elles à appuyer, sont sexistes « ce n’est pas la place d’une femme ! », mais comme elles disent elles même, elles « entendent ça avec une profonde tristesse, pour ces joueurs, ou supporters d’entendre ça à notre époque. Mais ce n’est pas propre au foot us ».Et côté équipe zèbres, elles se sentent acceptées, respectées, reconnues. Qui plus est, elles disent elle-même « être conseillée, aidée, corrigée à bon escient, progresser grâce à eux ».

Pour Virginie c’est une des raisons, « de travailler avec des gens qui vous tirent vers le haut », que l’envie d’arbitrer aux niveaux supérieurs « c’est faite sentir tout naturellement ». Aujourd’hui ARC D1/D2 pour les Canonniers de Toulon, elle aspire à devenir ARR fin octobre 2018. Elle ira à Vichy au Junior Bowl pour être AP, avec « l’obligation de réussir ». Et ayant conscience « qu’on peut inconsciemment demander plus à une femme », elle travaille dur pour combler ses lacunes, réussir le stage ARR mi octobre et passer sans encombre Vichy 2018, lors du JBowl.

C’est à peu de chose le même sentiment pour Gabriella, qui dit « vouloir devenir ARI » et qui effectuera son stage ARR à Asnières et se rendra à Villepinte, lors du CDFA Bowl 2018 en IDF. L’une et l’autre ne veulent pas voir l’échec comme une possibilité.

 

Quant à la place de la femme dans l’arbitrage, sans hésiter elles affirment que « oui, la femme a sa place, mais à elle de vraiment s’intéresser aux sujets. En effet, peu de femmes arbitres ont joué ou jouent au foot us et les subtilités de ce sport sont nombreuses. En sus, elle amène une touche plus douce, sait mieux relativiser que le mâle testostéroné » (éclat de rire).

Virginie, sans être « une militante féministe, aimerait voir plus de femmes s’impliquer dans cette fonction et pas seulement pour dépanner un club ».  Elle pense « qu’il appartient aux clubs, aux Ligues (par un canal de promotion)  d’aller vers les compagnes des joueurs, les bénévoles féminins, expliquer que l’arbitrage ARC est à la portée de toutes et tous, que c’est passionnant. C’est une réelle fonction, pas un bouche trou que d’être arbitre. Et si pas d’arbitres, pas de match, car il en va de la sécurité des pratiquants de foot us, de l’éthique et de la morale de notre sport ».

Gabriella, elle, constate que « la femme arbitre est une minorité visible » et que de ce fait « est plus regardée qu’un homme sur le terrain ». Donc du fait de cet aspect, mais c’est aussi vrai pour les hommes, « si elle veut être irréprochable, elle doit s’investir, regarder des matches NCAA, poser des questions sur les forums, aux référents en Ligues ». Elle précise même « que c’est à ces conditions, que la femme sera vue comme un arbitre à part entière, notamment parce que la quasi totalité des matches en France, sont masculins ».

 

 

Du côté des instances, la vision est tout aussi claire. Gilles VIGNE, reconnait « qu’il est difficile de conserver les femmes dans le monde arbitral. » Pourtant de son propre aveu « elles ont leur place, sont curieuses, se sentent investies et travaillent bien plus que les hommes arbitres, notamment quand elles officient en ARC D1/D2. Elles amènent une certaine douceur, une autre vision ». Il fait un souhait « en PACA, moins de 10 femmes sont arbitres, on espère que de plus en plus viendront grossir les rangs. Et cette année, une femme se dispose à passer au niveau supérieur (ndlr : Virginie MICHEL), on va la mettre dans les meilleures conditions, l’accompagner comme nous accompagnons les hommes, car nous avons cette opportunité de monter au niveau supérieur, un arbitre. Car même si c’est une femme, c’est avant tout un arbitre avec des compétences ».

 

 

Juan PEREZ CANTO est tout aussi convaincu : « C’est compliqué, oui. En fait, il y a toujours eu des commentaires ou remarques malvenues sur les terrains, jusqu’au jour où ces arbitres féminines ont montré à ces « indélicats », qu’elles avaient toutes leur place sur le terrain, avec une connaissance du jeu et des règles et mécaniques, sans problème. Il s’avère que le caractère de chacun et chacune à ses propres limites, et que le coton que l’on demande de mettre dans ses oreilles sur un terrain, doit l’être d’autant plus avec nos collègues féminines, car certains participants sont très crus et leurs réflexion est de très faible niveau. Elles doivent être soutenues par les autres arbitres, et sans parler des entraîneurs, des éducateurs en premier vis à vis de leurs joueurs. » Cet aspect peut donc expliquer pourquoi, il y a peu de femmes aujourd’hui.

« Ce sont pour la plus part des copines, des sœurs, des  femmes de joueurs ou d’entraineurs, et/ou joueuses elles mêmes. Nous avons des difficultés avec les masculins, alors elles sont un peu plus compliquées avec les féminines. Je pars du principe toutefois, que l’arbitre H ou F, doit être considéré de la même manière. Même si on les chouchoute un petit peu plus ». Ce second aspect permet donc de penser que c’est un peu plus compliqué mais que ce n’est en fait que l’aspect  miroir féminin de notre sport. « Nous essayons, avec les CRA, de les encourager et de les accompagner, l’environnement est très important ».

Au-delà du constat, Juan Perez Canto, nous avoue essayer de mieux faire, conscient du faible taux de femmes arbitres dans le monde du foot us français : « Le développement des catégories jeunes, qui sont mixtes, peut amener quelques éléments, afin de rester dans le game. Nous essayons de voir avec le flag, où la présence féminine est plus importante, afin de pouvoir mettre en place des passerelles, mais nous n’y arrivons pas ».

« Après il y a ce langage de rue, banalisé sur nos terrains, car ce n’est que le reflet de notre société.
Nous avons de temps en temps une crise à gérer, mais comme dit par ailleurs, les mœurs ont changé, et tout le monde est bien ou mieux, accepté. Après il faut retirer la poutre de l’œil et ne pas s’offusquer à la moindre expression ou phrase, il faut donc discuter, ne pas tolérer, sanctionner sur le terrain, mais je t’assure que dans 99% des cas, tout rentre très vite dans l’ordre. Il n’y a plus de comportements comme nous avons connu au début, tu es toi même assez présent depuis suffisamment d’années pour être convaincu des changements qui s’opèrent.»

Une rare photo d’une équipe d’ARC 100% féminine lors d’un match régional en janvier 2017 (PACA)

 

 

En conclusion, le monde du foot us et son corps arbitral est en mutation depuis quelques années notamment parce que les mœurs évoluent. Savoir que les instances recherchent des solutions pour attirer et fidéliser la junte féminine à l’arbitrage, conscientes de leurs capacités et de leur plus grand investissement, permet de penser et d’être convaincu, que la femme est bien un arbitre comme un autre. Gageons que grâce à cette vision, cette envie, cette volonté d’intégration, les femmes seront de plus en plus nombreuses dans la décennie à venir.

 

 

Jean-Louis Jacqueline

Ndlr : Un grand merci aux participantes et participants de cette enquête.

Fan de Foot us remercie chaleureusement les bénévoles qui aujourd’hui donnent de leur temps à arbitrer, tant les ARC, les ARR, les ARN que les ARI. Sans tous ces bénévoles (trop peu nombreux) il n’y aurait pas de matchs tous les dimanches et ce, dans toutes les catégories, dans tous les niveaux. Il n’y aurait pas de pédagogie, pas de sécurité préservant l’intégrité des pratiquants. Il n’y aurait tout simplement pas de foot us en France.

Crédit photo : avec l’aimable autorisation des participants